Le premier grand secret réside dans le support original et la disposition. Bien que nous voyions aujourd'hui ces panneaux dans des musées, ils ont été conçus pour être encastrés dans les boiseries du salon de Natanson. L'artiste a dû composer avec l'architecture de la pièce, incluant les portes et les angles, ce qui explique le format inhabituel et très vertical de certains panneaux. Lors de la vente de l'hôtel particulier, les panneaux ont été arrachés, perdant ainsi leur contexte spatial d'origine.
Un secret technique majeur est l'usage de la peinture à la colle de peau, une méthode archaïque. Vuillard faisait bouillir des morceaux de peau de lapin pour obtenir une colle qu'il mélangeait à des pigments secs. Cette mixture devait être maintenue au chaud sur un réchaud pendant qu'il peignait. Si la colle refroidissait, elle figeait ; si elle était trop chaude, elle brûlait les pigments. C'est cette technique "à chaud" qui donne ce grain si particulier, mais qui rend aussi l'œuvre extrêmement fragile et impossible à vernir.
L'œuvre contient des messages cryptés liés au cercle de La Revue Blanche. On sait que Misia Sert, l'épouse d'Alexandre Natanson et muse des Nabis, est représentée de manière stylisée dans plusieurs panneaux. Sa présence est une signature affective de l'artiste qui était secrètement amoureux d'elle. Les interactions entre les nourrices et les enfants pourraient également être lues comme une métaphore des tensions sociales et de la structure de classe de la fin du XIXe siècle, cachée sous l'apparente légèreté d'un après-midi au parc.
Il existe un panneau "perdu" ou plutôt une version modifiée. Initialement, Vuillard avait conçu neuf panneaux, mais la disposition finale a évolué. Certaines études préparatoires montrent que l'artiste a radicalement changé les couleurs de fond, passant d'un vert luxuriant à des tons plus terreux pour s'harmoniser avec le mobilier de son mécène. Cette soumission de l'œuvre à l'objet (le meuble) est un secret de fabrique des Nabis qui considéraient le tableau comme un meuble de l'esprit.
Enfin, un secret de conservation entoure ces toiles. Puisqu'elles ne sont pas vernies, elles absorbent la poussière et la pollution de manière irréversible. Les restaurateurs du Musée d'Orsay utilisent des techniques de nettoyage à sec extrêmement complexes pour ne pas réactiver la colle de peau. Chaque intervention est un risque, car la couche picturale est si fine qu'elle se confond presque avec les fibres de la toile, faisant de ces jardins des œuvres littéralement à fleur de peau.